Créé par BpiFrance sur le modèle du volontariat international en entreprise et mis en œuvre en 2019 pour attirer des bacs + 2 à bacs + 5 vers des PME/ETI situées dans des zones trop peu attractives, le volontariat territorial en entreprise (VTE) ne visait pas a priori l’Ile-de-France. Pourtant, parmi les 675 contrats signés en 2020, 95 l’ont été dans ce territoire. « C’est logique au regard du poids économique de la région. Mais y voir des VTE a aussi un sens, car le but du dispositif est de faire venir des diplômés, en particulier des bacs + 5, vers ces PME/ETI, d’autant que ce sont elles qui créent de l’emploi », analyse Alexandre Rigal.

Communication ciblée

« Cet objectif est atteint à travers une communication ciblée vers les écoles de commerce ou d’ingénieurs, alors que ces profils pensent plus spontanément aux grands groupes », ajoute le directeur du développement de Bpifrance Excellence. « Et même si la dimension territoriale est moins prégnante qu’en province, elle n’est pas inexistante. Beaucoup d’entreprises franciliennes se sont installées dans des quartiers prioritaires de la ville pour bénéficier d’aides mais elles ont besoin de se rendre attractive. »

Une analyse que confirme Olivier Crus, dirigeant de Reprotechnique. Cette imprimerie numérique, dont le siège est à Colombes (Hauts-de-Seine), a saisi l’opportunité offerte par le VTE pour recruter en CDD un diplômé de la Paris school of business : « Il est plus compliqué de faire venir des bacs + 5 quand on est banlieue qu’à Paris intra-muros. »

VTE vert

Le VTE ne bénéficie d’aucune aide financière de l’Etat, à l’exception des entreprises situés dans des territoires d’industrie (4 000 euros) et, depuis quelques mois, de celles engagées dans une démarche de transition écologique. Ce sont les VTE verts, qui bénéficient d’une aide de 8 000 euros à la première embauche. « Mais nous ne sommes pas dans une logique d’emploi aidé. Avant la crise sanitaire, ces PME allaient bien et même depuis, elles ont toujours du mal à embaucher. L’idée est plutôt de proposer une communication les mettant en contact avec les écoles de l’enseignement supérieur », indique Alexandre Rigal.

Edouard de Rugy, dirigeant de Reanova, société spécialisée dans la rénovation énergétique des immeubles en co-propriété, le reconnait : « Notre VTE vert, présente depuis novembre 2020 en CDI et qui est destinée à devenir cheffe de projet, est diplômée de la Skema, une école de commerce de Lille. Elle ne serait pas venue chez nous s’il n’y avait pas eu le VTE. »

La fonction jouée par le VTE est en principe celui de bras droit du dirigeant. « L’idée était de m’assister dans mes tâches quotidiennes. C’est un poste valorisant qui lui a permis d’être confronté à des problématiques complètement différentes de celles d’un grand groupe », souligne Olivier Crus. Et pour Alexandre Rigal, la crise du Covid a encore rendu plus pertinent le VTE : « Dans cette situation particulière, les entreprises doivent s’engager dans un certain nombre de transitions technologiques. Si les process ne sont pas digitalisés, si vous n’êtes pas engagé dans une transition écologique, ce sera plus difficile. Avec son regard neuf, le VTE vous change de l’intérieur », résume le directeur du développement de Bpifrance Excellence.

Le préfet de Paris et de la région Ile-de-France s’est rendu jeudi 3 décembre 2020 à la Bellevilloise. Le lieu culturel iconique des hauteurs de Belleville a utilisé à plein les mesures de soutien aux acteurs économiques, notamment l’activité partielle.

« C’est formidable ! », s’est exclamé à plusieurs reprises le préfet Marc Guillaume, en visite, jeudi 3 décembre 2020, à la Bellevilloise, lieu de vie emblématique de la vie sociale et culturelle parisienne. Cet espace protéiforme, s’étendant sur plusieurs niveaux, qui projette d’ouvrir un roof-top au printemps prochain, est géré par la société Oriza, appartenant au groupe Cultplace. Une société de l’économie sociale et solidaire qui employait quelque 200 personnes avant la pandémie, et qui a pu en conserver 120 aujourd’hui.

« Nous nous battrons, quoi qu’il nous en coûte, pour être là pour la réouverture », faisaient valoir Fabrice Martinez, directeur de la Bellevilloise, et Renaud Barillet, président de Cultplace, groupe original qui exploite différents lieux polyvalents associant bars, salles de spectacles et d’événementiels, à Paris et dans différentes villes de France.

Si le préfet de Paris, préfet de région a choisi ce lieu, c’est parce qu’il a bénéficié des différentes mesures de soutien à l’emploi mises en place par l’Etat depuis le début de la crise sanitaire.

Aide à l’embauche des travailleurs handicapés

La Bellevilloise est ainsi parvenue à maintenir en emploi ses salariés pendant la crise sanitaire grâce à l’activité partielle. Ses employés ont également pu bénéficier de formations grâce au fonds national de l’emploi (FNE) – rebond. L’établissement a notamment embauché une personne en situation de handicap, en alternance, avec le soutien de Cap emploi.

L’aide à l’embauche de travailleurs handicapés s’adresse aux entreprises et aux associations qui recrutent, entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021, un travailleur en situation de handicap, souligne la préfecture. Elle n’est soumise à aucune condition d’âge. Le montant de l’aide s’élève à 4 000 euros.

L’aide exceptionnelle à l’alternance s’adresse aux entreprises et associations qui recrutent, entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021, un apprenti sans limite d’âge, pour préparer un diplôme dont le niveau peut aller du CAP au master 2. Le montant de l’aide valable également pour l’embauche d’un jeune travailleur handicapé s’élève à 5 000 euros pour une personne de moins de 18 ans et à 8[insec]000 euros pour une personne majeure. « Ces aides permettent de financer quasiment intégralement le salaire des alternants durant la première année de leur contrat », souligne le préfet.

Le plan « 1 jeune 1 solution », lancé le 23 juillet 2020, mobilise quant à lui plusieurs leviers : aides à l’embauche, formations, accompagnements, aides financières aux jeunes en difficulté, apprentissage, etc. « L’objectif est de ne laisser personne sur le bord de la route », a souligné le préfet. Par exemple, plus de 57 000 jeunes franciliens se sont engagés dans un parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PACEA) auprès des missions locales, 12 000 jeunes bénéficient de la garantie jeune et 16 000 suivent un parcours d’accompagnement intensif des jeunes (AIJ) auprès de Pôle emploi.

Comment rendre plus efficaces les dispositifs visant à réinsérer dans le monde du travail les personnes qui en sont éloignées ? C’est ce que vise l’expérimentation de deux ans lancée en octobre dans sept villes du Val-de-Marne – Alfortville, Bonneuil-sur-Marne, Boissy-Saint-Léger, Créteil, Limeil-Brévannes, Valenton et Villeneuve-Saint-Georges – suite à un appel à projet national sur l’expérimentation territoriale d’un service public de l’insertion, dont le département a été l’un des 14 lauréats.

Concrètement, explique Amélie Mazé, cheffe du service insertion à la direction de l’action sociale du conseil départemental, « nous allons cibler les parcours dits “sans solution” : autrement dit, les personnes ayant bénéficié d’un dispositif d’insertion ou un accompagnement global de Pôle emploi, mais pour lesquelles ces actions se sont soldées par un échec ou un abandon ». Soit environ 10 % des 15 000 allocataires du RSA dans le département.

Pour ce faire, le département, en partenariat avec Pôle emploi, va utiliser une instance partenariale préexistante – la coordination territoriale pour l’insertion et le développement social -, qui s’adjoindra les services d’un chargé de projet. Sa tâche ? Investiguer systématiquement tous les cas d’échecs, pour en cerner les causes : problème de santé, d’hébergement, manque d’accompagnement en entreprise, etc. Il proposera ensuite une solution alternative.

Mobiliser des associations

Le monde des entreprises sera mis à contribution : le département compte s’appuyer sur le dispositif 1 000 emplois, visant à accompagner dans l’emploi 1 000 allocataires du RSA sur trois ans, et signé en 2019 par le groupement de PME des travaux publics Evariste, l’entreprise NGE et le club d’entreprises Face 94. Ce dernier, notamment, prend en charge les candidats non retenus par les deux premiers partenaires, et leur propose un parcours global d’accompagnement.

La collectivité entend également mobiliser des associations, comme Orly International, qui travaille à la mise en relation des besoins de recrutement du pôle aéroportuaire et de la main d’œuvre locale. Elle s’appuiera aussi sur le club des entreprises inclusives, fondé fin 2019, sous l’égide de la préfecture. « Ces dernières pourront nous indiquer quels outils leur sont utiles : parrainage, lien facilité avec les services sociaux, etc. Car nous souhaitons travailler tout particulièrement sur la sécurisation de l’emploi », indique Amélie Mazé. Trop de personnes ayant trouvé un travail suite à leur parcours d’insertion abandonnent en effet rapidement leur poste en raison de difficultés personnelles ou d’un manque d’intégration dans l’entreprise, ont constaté les services sociaux. Pour cette expérimentation, le département percevra 300 000 euros de l’État finançant l’ingénierie du projet.

Alors que l’Ile-de-France pourrait atteindre la barre symbolique du million de chômeurs en fin d’année, Valérie Pécresse a annoncé, le 5 novembre, de nouveaux dispositifs en faveur des reconversions professionnelles vers les métiers en tension. « L’Ile-de-France fait face à une situation très difficile », n’a de cesse de répéter la présidente de Région, qui redoute la forte hausse du chômage du fait de la « dégradation du marché du travail ».

Aussi, tente-t-elle de prendre les devants pour limiter la casse sociale, notamment chez les jeunes, d’autant qu’il faut faire face à un paradoxe : « des secteurs sont à l’arrêt et à terre tandis que d’autres, en plein essor, peinent à recruter », a-t-elle résumé le 5 novembre. Parmi les secteurs en pénurie de salariés figurent les métiers de la santé, du sanitaire et du social, du numérique, du BTP, de la sécurité, de la transition énergétique, de l’industrie et de l’agriculture. La priorité du conseil régional consiste donc à aiguiller les formations, tant des demandeurs d’emploi que des salariés dont les postes sont menacés, vers ces métiers en tension afin qu’ils se reconvertissent.

Le PRIC accessible aux jeunes diplômés et aux détenus

Pour ce faire, la Région double l’offre de formations dans ces secteurs, soit 40 000 places, et accorde une prime de 1 000 euros aux stagiaires entrant en formation dans les secteurs pré-cités entre le 1er septembre et le 31 décembre 2020 (renseignement sur l’appli : Oriane FormPro). De plus, 10[insec]000 formations seront dispensées à distance à compter du 1er janvier 2021 (inscription avec le 1er décembre).
Pour déployer les moyens mis en œuvre dans le cadre du Pric (plan régional d’investissement dans les compétences), soit 1,8 milliard d’euros sur 2019/2022, Valérie Pécresse souhaitait qu’ils soient mobilisables en faveur des jeunes diplômés arrivant sur le marché du travail, les salariés qui envisagent une reconversion professionnelle, les apprentis sans employeur et les détenus. Le préfet de région Marc Guillaume a indiqué que « la situation avait été débloquée pour les jeunes et les détenus, et qu’il restait à traiter les deux autres cas ».

Deux nouveaux campus des métiers

Depuis la rentrée également, l’aide individuelle régionale vers l’emploi (AIRE) permet de financer des formations « sur-mesure » et rémunérées pour les demandeurs d’emploi, sans condition de promesse d’embauche ou envisageant de créer ou reprendre une entreprise. « Nous anticipons le fait que beaucoup d’entreprises vont être prochainement à reprendre, car un certain nombre de dirigeants risque de devoir passer la main à l’issue de la crise », argue Valérie Pécresse annonçant également dans la foulée la création de deux nouveaux campus des métiers et des qualifications (CAP à Bac+3-Bac+5). Le premier sur la santé et la gestion du grand âge (médical et sanitaire, services à la personne, l’ingénierie pour la santé et la domotique) se situera sur le domaine de Chérioux à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et le second sur la sécurité au sens très large (personnes, grands événements, transports, cybersécurité) s’implantera à Argenteuil (Val d’Oise).

Enfin, face à l’enclavement des jeunes vivant tant en banlieue qu’en milieu rural, la région Capitale compte, à partir du 1er décembre, financer le permis de conduire à tous ceux qui sont inscrits en mission locale et en formation professionnelle. 60 000 jeunes en insertion en Ile-de-France pourraient bénéficier de cette aide de 1 300 euros.

Avec une population active plus jeune que dans le reste du pays et une surreprésentation de la population cadre, l’Ile-de-France présente un profil de risques professionnels très différent des autres régions de l’Hexagone. C’est ce que révèle le tableau de bord réalisé par l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France (ORS) et publié cet automne par la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) d’Ile-de-France.

Première constatation : le risque d’accident du travail est moins élevé en Ile-de-France. Ainsi, en 2017, le régime général de sécurité sociale -qui couvre 91 % des salariés – a enregistré pour la région près de 107 000 accidents du travail (AT) avec arrêt. Soit 17 % des AT nationaux, moins que le poids des Franciliens dans les affiliations au régime général (25 %). « Cette singularité est essentiellement due à la part importante des activités tertiaires, bureaux et sièges sociaux », note l’Observatoire. Mais pas seulement : cette sous-sinistralité est observée également par secteurs d’activités, au sein desquels la structure des métiers n’est pas la même en Île-de-France que dans le reste de l’Hexagone. Par exemple, dans les 11 secteurs les plus accidentogènes en 2010, seulement 24,8 % des salariés travaillant en Île-de-France assuraient des fonctions de production, chantier, exploitation – les plus exposées aux risques -, contre 34,7 % dans les autres régions.

Des accidents de trajet plus fréquents

Deuxième constat : en Île-de-France, les accidents de trajet sont, en revanche, plus fréquents qu’en France métropolitaine. La région en concentre 30 %, soit 5 points de plus que la moyenne nationale. Un surrisque imputable à la longueur et à la fréquence plus importantes des déplacements professionnels. Mais l’usage bien plus répandu de la marche à pied et des transports en commun explique des arrêts de travail plus courts qu’en moyenne nationale.

Enfin, le risque de développer une maladie professionnelle (qui, neuf fois sur dix, est un TMS, un trouble musculo-squelettique) est deux fois moindre en Ile-de-France que dans le reste du pays. Accidents ou maladies, quelques secteurs, cependant, sont particulièrement à risque : ceux de la construction, du transport et de l’entreposage, de l’hébergement et de la restauration, du commerce, mais aussi de l’hébergement médico-social, où les manipulations sont souvent difficiles et les sous-effectifs, structurels. Les accidents de trajets y atteignent aussi un ratio double de la moyenne.

A noter, deux départements franciliens, la Seine-et-Marne et le Val d’Oise, affichent des indicateurs moins bons que la moyenne nationale en matière d’accidents du travail : la part des emplois dans les secteurs accidentogènes y est très sensiblement supérieure. Si la structure de l’emploi francilien joue en sa faveur, il n’existe donc pas de miracle régional en matière de santé et sécurité au travail.

Ils sont une vingtaine, bien espacés les uns des autres et répartis dans deux open space différents, crise sanitaire oblige, à débuter ce 16 octobre leur cycle de formation en présentiel au Campus d’Orange à Montrouge (Hauts-de-Seine). Ces alternants font partie de la première promotion du centre de formation des apprentis (CFA) d’Orange, qui réunit 82 jeunes, âgés en moyenne de 25 ans et de niveau bac +2 à bac +5.

La création d’une telle structure a été rendue possible par la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018, qui permet aux entreprises du secteur privé de créer leur propre CFA. L’objectif est de former à des métiers qui évoluent très rapidement dans un contexte de révolution numérique, en particulier dans les secteurs bancaire, de l’assurance, de la finance ou des services aux entreprises. Avec cinq parcours de 12 à 24 mois pour former aux métiers de data analyst, data scientist, de la cybersécurité, d’ingénieur cloud et de technicien service-client, Orange trouve ainsi un réservoir de profils rares pour ses futures embauches.

« Des laboratoires vivants »

« L’essentiel des alternants résident en Ile-de-France, indique Jean-Pierre Charon, le directeur du CFA. Pour sa partie présentielle, la formation est dispensée sur le Campus d’Orange, dans les entités du groupe ou chez nos partenaires pédagogiques – le Conservatoire national des Arts & Métiers, Global Knowledge ou IGS – mais beaucoup de cours se font à distance ». En cette première journée en présentiel, Elisabeth Borne a rencontré les jeunes apprentis. « Nous savons que ces métiers autour de la data vont exploser », a indiqué la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. Les besoins sont quasi-infinis ».

Elisabeth Fonteix, directrice du learning chez Orange, a rappelé de son côté le succès de la campagne de recrutement : « Nous avons reçu 2 500 candidatures. Pour la sélection, les diplômes n’ont pas été les seuls critères. La motivation et l’envie d’acquérir une reconnaissance professionnelle ont été importantes ». Selon la manager, la loi de 2018 a permis de créer avec ces CFA d’entreprise des « laboratoires vivants, complémentaires des dispositifs existants et qui nourrissent nos partenaires pédagogiques ».

Inquiétude des CFA traditionnels

Selon le ministère du Travail, 30 CFA d’entreprise ont été mis en place depuis le vote de la loi « Avenir professionnel », dont une grande partie est, comme celui d’Orange, actif en Ile-de-France. L’Oréal a ouvert dans le 14ème arrondissement le Real Campus, une école de coiffure soutenue par la région Ile-de-France dans le cadre du Pacte régional pour l’investissement dans les compétences. A Stains (Seine-Saint-Denis), Total a de son côté créé L’Industreet, un campus d’apprentissage aux métiers industriels, tandis qu’Accor a lancé avec Adecco, Korian et Sodex, le CFA des Chefs à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Cependant, cette multiplication inquiète le monde des CFA traditionnels, redoutant la concurrence de ces nouveaux venus. Une crainte balayée par Elisabeth Borne : « Il est intéressant d’avoir ces laboratoires qui ne sont pas en concurrence avec les structures existantes », a fait valoir la ministre. « Le CFA d’entreprise est au cœur de ce que l’apprentissage peut apporter, avec un mariage entre la formation théorique et le passage en entreprise ».

Pas de pause chez SNCF réseau, ni dans l’activité soutenue par la poursuite des grands chantiers, ni dans le rythme des recrutements, notamment pour pallier le renouvellement des salariés (54 000 en France dont 13 500 en Ile-de-France). Ainsi, la branche du groupe ferroviaire en charge de la maintenance et de la gestion du réseau a lancé, à la mi-juin, un vaste plan d’embauches de 2 000 personnes en France, qui porte essentiellement sur les métiers de la circulation ferroviaire, l’électricité, les télécoms, la mécanique et l’électromécanique. Près de la moitié concerne l’Ile-de-France, soit 800 postes à pourvoir « dont 550 dans les métiers en tension : électriciens (180), aiguilleurs du rail (270), techniciens télécoms (40) et caténairistes (60) », détaille Léocadie Mounis. « Tous ces postes sont ouverts aux femmes », ajoute la directrice des ressources humaines de SNCF réseau Ile-de-France, qui présente un taux de féminisation de 14 %, pointant la difficulté récurrente d’attirer ces dernières sur les métiers du ferroviaire.

L’entreprise annonce également le recrutement de 330 alternants en Ile-de-France, du bac pro au niveau ingénieur, tant dans le cadre de formations spécifiquement ferroviaires que plus généralistes. « Chacun des alternants, s’il réussit son diplôme, sera embauché en CDI », prévient Léocadie Mounis. Si le niveau des recrutements de 2020 est stable par rapport aux autres années, la méthode en revanche a évolué, « nous disposons désormais d’un processus de recrutement (présentation métiers, entretien, tests) intégralement en distanciel et nous sommes passés à une campagne 100 % digitale », explique la DRH. Celle-ci se déroule jusqu’au 8 juillet sur l’ensemble des réseaux sociaux et les sites de recrutement, et met en scène de jeunes recrues témoignant de leur satisfaction de travailler chez SNCF réseau.

Trois nouveaux campus

« L’augmentation des besoins des entreprises pour construire le Grand Paris a tendu le marché de l’emploi. Les rôles se sont inversés : les candidats se positionnent désormais comme des clients et nos recruteurs adoptent une posture plus commerciale », souligne Sébastien Gerardin, responsable de la task force recrutement de SNCF réseau Ile-de-France, mise en place pour répondre aux besoins importants dans la région Capitale.

Tout l’enjeu consiste donc à se faire connaître et renforcer son attractivité. Pour ce faire, SNCF réseau met en avant la possibilité de travailler dans des contextes variés (opérationnel, grands chantiers, maintenance du quotidien) et l’assurance d’un parcours d’évolution de carrière grâce notamment à la formation continue pour laquelle un important programme d’investissement est prévu.

Ainsi, d’ici à 2023, trois campus de « nouvelle génération » seront créés à Nanterre (Hauts-de-Seine), Bordeaux et Lyon. Alors qu’une dizaine de centres en France sont dédiés à des typologies de métiers, le projet consiste à avoir trois points de formation qui assurent l’ensemble de l’offre de formations, avec notamment des outils de réalité virtuelle pour assurer des formations par simulateur.

Avec une population un peu plus jeune que dans le reste de la France métropolitaine (53,5 % des Franciliens ont moins de 40 ans, contre 47,5 % des Français) et qui croît un peu plus vite (+10,8 % contre 10,1 %), l’Ile-de-France se trouvait, « à l’aube de la crise sanitaire, en première ligne de la croissance économique française », explique la toute récente publication de la Direccte Ile-de-France (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) baptisée « Les chiffres-clés 2020 ».

Et de fait, la région affichait un dynamisme réel. Reste à savoir si les spécificités franciliennes serviront d’amortisseur, ou non, à la crise actuelle.

Prépondérance des cadres et des services marchands

Si la région est marquée par une très forte proportion de cadres et de professions intellectuelles supérieures (29,9 % des actifs contre 17,9 % en moyenne française), elle se distingue également par la très forte prépondérance des emplois tertiaires marchands (63 % des actifs contre 49,3 % en moyenne française métropolitaine).

L’emploi salarié a progressé dans la région de 1,8 % entre le 2e trimestre 2018 et le 2e trimestre 2019 (contre 1 % pour la France métropolitaine). Mais cette croissance est inégale : elle se limite à 0,4 % en Essonne, 0,7 % dans les Yvelines, 0,9 % en Seine-et-Marne, alors qu’elle atteint 2,4 % à Paris et en Seine-Saint-Denis.

De la même façon, six bassins d’emploi affichent des taux de concentration d’emplois supérieurs à 100 % : cela signifie qu’ils comptent plus d’emplois que d’actifs résidant dans la zone. Il s’agit de Paris, de Versailles-Saclay, du bassin du Grand Roissy-Le Bourget, de Paris Ouest La Défense, de Plaine Commune et de Grand Paris Seine Ouest. A l’inverse, certains territoires emploient moins de 60 % des actifs y résidant, comme l’est 95, le sud 91 ou le bassin Brie-Créçois.

Le taux de chômage francilien restait inférieur à la moyenne française (7,4 % au 2e trimestre de 2019 contre 8,2 %) mais, là encore, les disparités sont importantes : la Seine-Saint-Denis (10,8 %) et le Val d’Oise (8,6 %) accusent des taux supérieurs, ainsi que les 272 QPV franciliens (quartiers prioritaires de la ville) où le chômage atteignait 19,8 % au 3e trimestre 2019.

Autre particularité : en moyenne, les salaires bruts annuels dans le secteur privé atteignent un peu plus de 46 000 euros, contre 35 800 en moyenne française. Enfin, si l’Ile-de-France représente 23 % des emplois de la France métropolitaine, elle contribue pour 31 % à la création d’entreprises.

Information intéressante dans le contexte de crise sanitaire actuel : avant le confinement, seulement 10,5 % des salariés franciliens pratiquaient le télétravail et seulement 5,2 % sur une base hebdomadaire. C’est plus que dans le reste de la France (respectivement 7 % et 3 %), mais le phénomène restait donc marginal. Si l’effet de la crise n’est pas encore chiffré, le ministère du Travail indique cependant qu’au 6 juillet, l’Ile-de-France concentrait 25 % des salariés ayant fait l’objet d’une demande de chômage partiel.

Considéré comme un « outil essentiel de la relance de l’emploi en Ile-de-France », le Pacte régional d’investissement dans les compétences (Pric) monte en puissance cette année. Si la convention signée avec l’Etat porte sur trois années (2019-2023), son enveloppe est renégociée chaque année. Sauf que l’an dernier, cette dernière n’a pas été mobilisée, faute de n’avoir pu signer le Pric qu’en juin, après avoir eu l’assurance qu’il ne serait pas pris en compte dans le contrat financier conclu avec l’Etat et limitant la hausse des dépenses de fonctionnement à 1,2  % par an. « Il aurait été impossible d’utiliser ces fonds en six mois », explique Vincent Jeanbrun, vice-président à la Région chargé de l’emploi.

En 2020, en revanche, le dispositif va pouvoir être optimisé. « La nouveauté, poursuit le maire de L’Haÿ-les-Roses, est de dire que cette année, nous pouvons consommer l’intégralité du Pric, d’autant plus que nous mettons en œuvre des accompagnements très innovants grâce à l’intégration de nouvelles technologies dans les parcours de formation, ce qui nous permet d’être plus ambitieux quant au nombre de demandeurs d’emploi accueillis. »

L’objet de la convention 2020, soumise aux élus régionaux le 11 juin, est d’une part de permettre à la Région de bénéficier des crédits en hausse par rapport à 2019 (passant de 186 millions à 250 millions), qui complètent les crédits propres de la collectivité (« socle » de 193 millions). Ainsi, en matière de formation professionnelle, le conseil régional dispose d’une enveloppe budgétaire pour l’année 2020 de 443 millions d’euros. Pour accélérer le processus de formation en Ile-de-France, il a également conclu un pacte avec Pôle emploi par lequel elle reverse 40 millions d’euros du Pric à ce dernier pour l’inciter à orienter les demandeurs d’emploi vers les formations de la Région. Il s’agit d’autre part de porter de nouvelles actions dans la lutte contre le chômage, prévues notamment dans le plan de relance globale de la collectivité.

Un appareil de formation pérenne

Si les actions sont variées, elles n’ont qu’un seul objectif : « donner aux Franciliens éloignés de l’emploi et qui souffriront de la crise les moyens de se former dans les secteurs qui recrutent et de disposer d’un appareil de formation pérenne, plus moderne et innovant ».

Cela signifie de disposer de places de formation dans les secteurs qui recrutent et d’avenir (BTP, sanitaire et social, sécurité, agriculture, environnement, numérique). « Avec le Pric 2020, la Région peut donc doubler le volume de ces places en les passant de 20 000 à 40 000 dès 2020 », précise la collectivité. Outre le soutien à l’apprentissage, une prime de 1 000 euros sera accordée aux demandeurs d’emploi acceptant de se former dans ces secteurs, ainsi qu’une aide au permis de conduire pour les jeunes qui en ont besoin pour travailler. Enfin, le programme prévoit les financements pour porter le nouveau dispositif Aide individuelle régionale vers l’emploi (Aire), qui entrera en vigueur dès septembre.

Face aux risques d’une chute des recrutements en alternance, l’Etat a annoncé le 4 juin 2020 un plan évalué à plus d’un milliard d’euros pour maintenir les effectifs d’apprentis à leur niveau de 2019, soit 368 000 (+ 16 %). Il comporte une « aide exceptionnelle à l’embauche d’un apprenti » de 5 000 euros pour un mineur et de 8 000 euros pour un majeur recruté entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021. Non seulement l’aide est majorée (4 125 euros actuellement), mais elle s’adresse à toutes les entreprises, même celles comptant plus de 250 salariés (à condition de respecter le quota de 5 % d’alternants dans les effectifs) et concerne les diplômes du CAP à la licence pro. Dès lors, un apprenti de moins de 20 ans ne coûtera rien à l’employeur et seulement 175 euros lorsqu’il est plus âgé.

Une mesure plutôt bien accueillie par l’ensemble des acteurs, avec une réserve toutefois pour l’Ile-de-France qui se démarque des autres régions par le fait que les premiers niveaux de formation (CAP à bac) ne représentent que 37 % des effectifs, tandis que les post-bac pèsent 63 %, dont 22 % pour les bac+2, 14 % pour les bac+3 et 27 % pour les bac +5. Une singularité due à la présence massive de sièges sociaux dans la région Capitale. Conséquence : est exclu du dispositif le niveau bac+5 (master) qui comptait 24 300 jeunes en 2019 dans la région.

« Le plan de soutien à l’apprentissage avantagera moins l’Ile-de-France que les autres régions », résume Alain Bao, directeur du CFA de la faculté des métiers de l’Essonne, précisant que les masters ne se trouvent pas nécessairement dans les grands groupes. « Les ETI et même des PME recrutent des jeunes ayant choisi la voie de l’alternance pour préparer leur master. Il n’est pas certain qu’elles puissent continuer à le faire du fait de la crise, d’autant moins qu’elles ne seront pas incitées à le faire. »

Peu de ruptures de contrat

Concernant les éventuelles ruptures de contrat, elles seraient à ce jour limitées puisque, entre mars et la mi-mai, elles sont estimées à 2 % en Ile-de-France (selon l’enquête Fnadir-Orcom).

« Rien d’alarmant », selon Alain Bao. « Mais on mesurera l’impact réel à la rentrée », prévient le président de Fnadir d’Ile-de-France (Fédération nationale des associations régionales des directeurs des centres de formation d’apprentis), qui salue en revanche la possibilité – également prévue dans le plan du gouvernement – pour un alternant de disposer de six mois pour signer un contrat et non plus trois mois. Cependant, « la question sur le devenir des jeunes qui n’auront pas trouvé d’entreprise à l’issue des six mois reste entière », souligne-t-il. « Que deviendront-ils ? ». De même que celle du financement des centres de formation des apprentis (CFA), car les Opco assurent 100 % du coût de la formation dès lors qu’un apprenti signe un contrat. « Si de nombreux jeunes n’en obtiennent pas, la situation de certains CFA pourrait devenir problématique », redoute Alain Bao.

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